Expérimentation "Développement des Métiers de l'Animation"

La Ligue de l'Enseignement des Ardennes propose une expérimentation innovante pour répondre à la problématique suscitée par les Nouvelles Activités Périscolaires

Les origines: les problématiques posées par la mise en place des Emplois d'Avenir et des Nouvelles Activités Périscolaires
En 2013, l'État met en place les Emplois d'Avenir (EAv). Prescrits par les Missions Locales, ils visent à favoriser l'emploi des jeunes de moins de 26 ans sans qualification (dérogations possibles pour les BAC+3 issus de quartiers prioritaires) par des embauches à temps partiels via des CDD d'un an renouvelables deux fois sur 3 ans. Ces emplois étant principalement destinés au secteur non-marchand et imposant une obligation de formation, le GEDA 08, en tant qu'employeur mutualisant des compétences et des salariés auprès de structures relevant de l'Économie Sociale et Solidaire, est apparu, dans ce contexte, comme un outil pertinent pour mettre en œuvre ce dispositif.

Dans le même temps, les collectivités sont confrontées à la mise en place de la réforme des rythmes scolaires et en particulier la mise en œuvre des Nouvelles Activités Périscolaires (NAP). Ces activités d'encadrement qualifié requièrent la mobilisation d'un nombre important de salariés pour des durées relativement courtes à différents moments de la journée.

La solution proposée par la Ligue de l'Enseignement et le GEDA 08
Soucieuse dans sa mission d'aide à l'éducation de pouvoir répondre aux problématiques de l'emploi des jeunes et de l'amélioration du système éducatif, la Ligue de l'Enseignement des Ardennes, en la personne de son directeur, M. Antoine PARTIGIANONI, a imaginé un système collaboratif originalpermettant d'apporter des solutions à chacun en croisant la pertinence de chaque outils existant. C'est pourquoi, fin 2013, une réunion est organisée entre la Direction de la Jeunesse et des Sports (DDCSPP), la Direction du Travail (UT08 de la DIRECCTE), les Missions Locales, certaines associations, le GEDA 08 et la Ligue.

L'idée est relativement simple:

  • Proposer aux collectivités d’accueillir (et de financer) des emplois à mi-temps en EAv dont l’emploi du temps est composé d’interventions sur les activités périscolaires (dont NAP) et par de la formation dont le financement est pris en charge par le GEDA 08.
  • Identifier, alors que les animateurs montent en compétences, des besoins complémentaireset/ou des projets sur les territoires afin de favoriser le développement d’activités.

Ainsi, l'expérimentation à naître de cette idée répondrait à l’objectif d’insertion des jeunes fixé par l'État et permettrait aux collectivités d’avoir des animateurs qualifiés, le tout en trouvant de nouveaux débouchés économiques ou sociaux pour favoriser le développement et la pérennisation des emplois sur le territoire.

 

La mise en œuvre de l'expérimentation: répondre aux NAP tout en développant l'emploi et les territoires dans l'exemple du SIRAE

S'adapter aux besoins immédiats
Interlocuteur privilégié de par son positionnement et son investissement sur les thématiques éducatives dans le département, la Ligue de l'Enseignement des Ardennes noue depuis des années des échanges de confiance avec diverses collectivités et structures au travers des solutions qu'elle leur apporte quant à leurs problématiques éducatives. 

Lorsque les NAP sont devenues un sujet de préoccupation pour les communes, la Ligue s'est positionnée et a apporté des réponses en personnel compétent. Ce fût par exemple le cas en 2014 lorsque la Ligue a été sollicitée par le Syndicat Intercommunal Rural pour l'Accueil de l'Enfant (SIRAE) des communes d'Arreux, Cliron, Harcy, Lonny, Montcornet et Renwez pour l'aider à parer urgemment à ses besoins en animateurs périscolaires.


Recruter des salariés et les former
Le GEDA 08 s'est chargé du recrutement des EAv avec la participation de la Ligue et du SIRAE pour la sélection des candidats. Sur 28 candidatures, 6 ont été retenues (début 2016, ce sont 7 postes en EAv qui exercent sur le SIRAE). 

Ainsi, ensemble, le GEDA et la Ligue ont assuré la mise en place immédiate de différents modules de formations avec une montée progressive en compétences générales et spécifiques dans l'animation, avec des spécialisations orientées sur le sport (CQP Animation Loisirs Sportifs) et le développement durable. Ces formations ont ultérieurement été complétées par de nouvelles.

Par ailleurs, le rôle du GEDA ne s'arrête pas au recrutement et au financement des formations. En effet, assurant pleinement son rôle d'employeur, il gère l'intégralité des ressources humaines liées aux salariés qu'il met à disposition de la Ligue pour le compte du SIRAE, des modalités administratives et comptables au suivi individuel et régulier (en partenariat avec les Missions Locales).

De manière à élargir les champs des possibles et lancer des dynamiques nouvelles, le GEDA a aussi, dans la mesure du possible, cherché à recruter des profils variés pour s'adapter à des projets divers.


Déterminer les besoins complémentaires pour développer l'emploi et l'activité des territoires
Le GEDA et la Ligue ont pour objectif social de consolider les emplois créés: les postes d'animateurs périscolaires étant soumis à des contraintes d'horaires et de mobilité, la mutualisation des compétences du GEDA permet de proposer les compétences des salariés par la prospection et l'accompagnement des associations environnantes. Ces compétences peuvent, en outre, être totalement étrangères à l'animation.

C'est pourquoi la Ligue a mis en œuvre un diagnostic territorial sur les communes du SIRAE, diagnostic financé par le fond d'ingénierie du DLA. Cette enquête, réalisée auprès de 20 associations et 7 collectivités, a mis en évidence un certain nombre de besoins en compétences. Pour parfaire l'étude, le rapport a fait l'objet de rencontres entre les différents partenaires à savoir la Ligue, le prestataire DLA, le GEDA 08, le SIRAE et les associations. 

Sur le SIRAE, le rapport DLA a, par exemple, mis en exergue la situation de l'association "Montcornet Remonte le Temps". Celle-ci a pour vocation de donner un nouveau souffle touristique et un nouvel attrait envers le Château de Montcornet datant du XVème siècle. Il s'agit d'un projet qui mobilise des besoins très variés, de l'animation au secrétariat en passant par la communication.


Un dispositif qui prend rapidement de l'ampleur

Extension de l'expérimentation à d'autres collectivités
Rapidement, l'expérimentation a été élargie à d'autres territoires. Ainsi, le SIVU d'Attigny s'est doté de 3 EAv et la Communauté de Communes Ardennes Thiérache (CCAT) de 7 EAv. Sur chacun de ces territoires, un diagnostic DLA a été mis en place. 

Dans le cadre du SIVU d'Attigny, le diagnostic a porté sur les trois communautés de communes adjacentes: les Crêtes Préardennaises, l'Argonne Ardennaise et le Pays Rethélois. 14 associations et collectivités ont répondu à l'enquête, permettant d'établir des besoins variés en animation périscolaire, touristique et sportive ainsi qu'en communication. 

Pour la CCAT, le diagnostic a été établi auprès de 53 associations et structures ayant exprimé des besoins de compétences salariées et/ou bénévoles.

Par ailleurs, plus d'une quinzaine de communes (dont Charleville-Mézières, Sedan, Donchery, Vendresse, Haybes ou Signy-l'Abbaye) ont embauché des EAv en prestation de service. 


Le développement de prestations complémentaires (UFOLEP, Ligue)
Dans la perspective de compléter le temps de travail des salariés embauchés sur les NAP, la Ligue de l'Enseignement et l'UFOLEP (secteur sportif de la Ligue) ont développé des prestations complémentaires auprès de leurs adhérents depuis 2014. 

En Février 2016, 19 salariés bénéficient d'un complément: 4 d'entre eux sont à 35 heures, 1 est à 28 heures et 1 à 22 heures. Ces salariés sont affectés à des structures et des missions diverses. En effet, 9 des salariés sont animateurs sportifs sur le parc acrobatique du Chêne Perché (Signy-l'Abbaye), d'autres sont animateurs dans les centres de loisirs du Faucon (Nohan-sur-Semoy) ou des Hautes-Rivières. Un autre salarié assure des missions de développement en interne de l'UFOLEP et est aussi devenu formateur agréé au PSC1. Un autre encore travaille sur le Pôle Éducation de la Ligue, organisant des expositions et des projets autour du vivre ensemble et intervenant tout au long de l'année dans les collèges et lycées sur des thématiques liées à la laïcité. 

Ces compléments étant variés et aléatoirement répartis sur l'année,
cela demande et développe une grande capacité d'adaptation de la part des salariés, capacité qui se voit valorisée sur le long terme par l'obtention d'un 35h. 


Exemples de développements d'emploi

Sur le SIRAE, Sabah a d'abord éveillé l'intérêt du GEDA par son profil de chargée de communication. Ouverte à la possibilité de partager son temps de travail entre la communication et l'animation périscolaire, elle a été recrutée en EAv puis formée en conséquence pour assurer 20 heures hebdomadaires de NAP à Renwez et 7 heures comme chargée de communication pour l'association "Montcornet Remonte le Temps". Progressivement, avec la coordination du GEDA et les besoins grandissants de "Montcornet Remonte le Temps" au travers du développement de ses activités, Sabah est finalement passée à 35 heures. Parallèlement, le ratio temps entre les deux postes tend à s'inverser, laissant envisager la possibilité que la jeune femme soit, à terme, employée exclusivement par l'association de Montcornet. 

Autre situation montrant la pertinence et la polyvalence du dispositif en le mettant au service de besoins hétéroclites, celle de Donia. Initialement recrutée en EAv pour les NAP, il lui a été proposé de développer son emploi du temps et ses compétences dans l'animation en milieu de loisirs sportifs. Ainsi, mise à disposition auprès de la Ligue, son travail est partagé entre les NAP et le Chêne Perché où elle a commencé comme animatrice et a vu son poste et sa responsabilité évoluer vers celui de coordinatrice d'équipe

Ces exemples illustrent donc le fait que non-seulement le dispositif expérimental de la Ligue a permis de répondre aux besoins spécifiques des NAP et de différentes structures mais aussi de développer et pérenniser des emplois et des projets associatifs et/ou territoriaux. En effet, la souplesse permise par la mutualisation a rendu possible le bon fonctionnement des missions de service public de la collectivité ainsi que l'appropriation de compétences spécifiques par des associations contribuant à leur développement et à la valorisation des territoires. 


Les perspectives de développement

2 ans après les débuts de l'expérimentation, le bilan est encourageant : 

  • une cinquantaine d'EAv créés à 19 heures de moyenne hebdomadaire ; 
  • 1/4 des emplois créés a connu des augmentations de temps de travail (10 heures en moyenne) ;
  • plus de 5300 heures de formation dispensées, réparties sur 35 formations techniques et 28 qualifiantes. Différentes perspectives sont envisagées. 


Mise en place de nouveaux emplois dans le cadre de cette expérimentation
Même si la majorité des collectivités ont trouvé des solutions pour répondre aux besoins générés par les nouveaux rythmes scolaires, certaines n’ont pas atteint un niveau satisfaisant du point de vue de la qualité et de la diversité des interventions. Plusieurs d’entre elles se sont déjà rapprochées de la Ligue de l’Enseignement pour réfléchir à la création de postes pour la prochaine rentrée scolaire.


Développement des postes existant
Après plus d'un an d’activité sur leur fonction d’animateur et les formations, les premiers jeunes à intégrer le dispositif ont montré leurs compétences et le travail d’accompagnement a permis d’identifier des pistes de développement d’activité. Si certains jeunes ont rencontré des limites et n’ont pas été reconduits, la majorité d’entre eux sont désormais disponibles pour intervenir sur de nouvelles activités. L’enjeu consiste donc à mobiliser l’ensemble des partenaires de ce dispositif pour identifier des activités complémentaire. Dans ce cadre, le GEDA 08 et la Ligue jouent leur rôle et développent des actions en ce sens. 


Diversification de l’expérimentation
L’expérimentation qui aujourd’hui porte le nom de "Dispositif de Mutualisation de Compétences de l'Animation et du Sport" (DMC) doit servir de point d’appui et d’exemple à d’autres dynamiques partenariales. Faire preuve d’imagination et d’esprit d’entreprise est la seule solution pour espérer capitaliser et donner plus de perspectives professionnelles aux jeunes. Plusieurs pistes existent (parcours santé-sport, développement d’activités touristiques, d’activités de loisirs sportifs, etc.) et d’autres restent à inventer avec tout partenaire de bonne volonté. Cette expérimentation doit pouvoir s’adapter à différents projets pour rester positive. 


Avis aux porteurs de projet pour les Ardennes !